Egalité des chances : Passeport avenir - 20/04/2015

"Pour donner toutes les chances, la mise en confiance est capitale"

Parce que les inégalités sociales, culturelles, territoriales pèsent sur le parcours scolaire, l’association Passeport Avenir se mobilise pour donner toutes ses chances à la jeunesse. Elle propose à des étudiants issus d’un milieu modeste d’être accompagnés par des volontaires en poste en entreprise. Ceux-ci les aident à mieux comprendre le monde professionnel et à les soutenir dans leur cursus. Parmi les parrains, Geoffrey de Barbeyrac, directeur en charge du Pilotage performance RH de Generali France, s’est engagé à coacher Deborah, étudiante en BTS.

En quoi consiste le rôle de tuteur au sein de Passeport Avenir ?

A mon sens, il s’agit de permettre à ces jeunes de découvrir  l’entreprise, leur donner cette chance au plus tôt de leur cursus. En tant que tuteur, nous sommes attendus pour leur donner une vision de l’entreprise, ses codes et ses habitudes, leur expliquer le fonctionnement de l’organisation. Il faut donner à ces étudiants qui ne connaissent pas cet environnement une idée du monde dans lequel  ils s'apprêtent à entrer. C'est avant tout une approche pédagogique, et il faut bien le comprendre car ils ont tous des  niveaux de maturité différents selon leur expérience, leur personnalité et le contexte dans lequel ils ont grandi. Pour ma part, j'accompagne Deborah qui est en BTS Relation client. En parallèle, elle prépare le concours d'entrée à l'Essec. Nous nous rencontrons une fois par mois et nous avons des échanges par téléphone ou par mail. En ce moment, nous travaillons sur ses attentes professionnelles et l’optimisation de son CV.

Quelle est la plus-value d’un coaching que l’école n’enseigne pas ?

Coaching est un terme plus approprié que « tutorat » me semble-t-il. Personnellement, j'essaie d’amener Deborah à se poser les bonnes questions par rapport à sa situation personnelle et ses premières attentes du monde professionnel. Il est important qu’elle puisse se projeter davantage, qu'elle construise un début de parcours avec des premières idées, et ce n’est pas facile car il y a beaucoup d’inconnu. Pour d’autres coachs, le travail peut être différent. Cela peut se traduire par une absence de repère sur les codes à respecter (la tenue vestimentaire, le langage approprié, certaines règles à respecter par exemple). Les codes du collectif ne sont pas forcément intuitifs, ils s'acquièrent. Coacher, c'est leur donner ces clefs de lecture afin qu’ils puissent se préparer et éviter des déconvenues. C'est un exercice délicat car le tuteur n'est pas là pour juger, ni pour éduquer !

La nouvelle génération est-elle prête à entendre ces conseils ?

Cette nouvelle génération est dans la découverte à tout instant, les objets connectés en sont responsables, certainement. Ils sont prêts à entendre mais il faut les accompagner, les mettre en confiance et leur transmettre certaines règles.
Nommée X ou Y, chaque génération a ses caractéristiques et des repères différents. La particularité de cette jeunesse ? Un peu désenchantée sans doute, car elle n’a connu que la crise ! Elle est confrontée aux difficultés du logement, du coût de la vie et des perspectives d’emploi faible. Sa richesse vient de son ouverture au monde, favorisée notamment par le digital. Cela se concrétise par un besoin de liberté et d’autonomie exprimés de façon plus forte que par le passé. Nous devons le comprendre et adapter nos schémas de pensée et de partage.

76% des étudiants suivis par Passeport Avenir sont boursiers sur critères sociaux. Ressentez-vous le fait que certains jeunes mettent des « freins » à leur propre ambition ?

Nécessairement, le milieu social crée des différences. Et certains jeunes se mettent inconsciemment des barrages, oui. Lorsque le modèle social est facilitant, il permet d'envisager plus facilement des études supérieures. C'est une orientation naturelle, simple. L'environnement aide à avoir des marqueurs et en l'absence de ces marqueurs, il peut y avoir un manque. Mais s'il y a volonté et capacité de gravir la pente, la mise à niveau est possible, heureusement. La mise en confiance est capitale et un dispositif comme Passeport Avenir va permettre d’accompagner ces jeunes vers des prises de poste à responsabilités en entreprise.

Personnellement, que pensez-vous pouvoir apporter à votre filleule ?

Deborah cherche sa voie professionnelle, elle a besoin d’être éclairée afin de se tourner vers un environnement qui va lui plaire. Ce n’est pas évident à cet âge. Nous échangeons sur ce qui l’anime au quotidien afin de trouver des similitudes avec  un secteur d’activité, un métier. Je lui demande de se questionner : qu’est ce qui l’intéresse : les nouvelles technologies ? les banques ? le luxe ? le marketing ? l’innovation ? La notoriété d’une marque ? Déborah a besoin d’être aidée pour franchir une première étape, pour se projeter par rapport à ses convictions et ses attentes et éviter de subir dans un environnement difficile.

De votre côté, que vous apporte cet accompagnement ?

J’apprécie les relations humaines et je porte beaucoup d’attention au management.  C’est d’ailleurs ce qui a motivé mon évolution professionnelle dans les relations  humaines, car j’ai un profil  financier.  Ce que cette expérience m’apporte ? Le sentiment d’être utile… Et un retour sur ma propre expérience ! Même s’il ne s’agit pas de comparaison, je me remémore dans quel état d’esprit j’étais à l’âge de Deborah. Il y a un effet-miroir. Moi-même, j’ai été accompagné par mon entourage et je mesure la chance d’avoir bénéficié de ces repères-là.  Je suis heureux d’être utile à mon tour.

Que diriez-vous aux candidats qui hésitent encore à devenir tuteurs auprès d’étudiants ?

Si on est motivé, il faut y aller ! Les volontaires qui s’engagent avec Passeport Avenir et qui n’ont jamais coaché ne se sentiront pas isolés. En tant que tuteurs, nous sommes accompagnés durant la mission. Nous avons eu une première réunion d’échanges entre parrains. C’était l’occasion de partager sur notre rôle, sur les objections susceptibles d’être formulées, sur les craintes... Cette séance de travail nous a permis de revenir sur nos expériences d’accompagnement respectives  et de nous sensibiliser réciproquement. D'autres rencontres avec l’association sont prévues prochainement. Et puis, c’est gratifiant d’aider des étudiants à construire leur parcours, à encourager leurs efforts.
Et si à l’avenir l’un d’entre eux rejoignait les équipes de Generali France pour y travailler ? Ce serait une belle histoire, non ?

« Le coaching ? Il faut le voir comme une chance ! »

Deborah, regard pétillant et poignée de main franche, rencontre une nouvelle fois son parrain Geoffrey, directeur en charge du Pilotage performance RH de Generali. Autour d’un café, ils discutent sur les valeurs mises en avant par l’assureur, affichées en rouge et blanc sur les murs du bureau.
C’est la première fois que Deborah vient dans les locaux de Generali France. « Je trouve les gens plutôt ouverts. L’ambiance semble agréable et on se dit bonjour dans l’ascenseur ! Je l’avoue, j’avais une image de l’assurance assez austère mais je m’aperçois que c’est bien plus dynamique, heureusement ! », s’enthousiasme la jeune fille.

Actuellement en BTS Relation client en alternance, Deborah prépare en parallèle le concours d’entrée à l’Essec pour intégrer une promotion Bachelor (bac +4). C’est par le biais de cette grande école de commerce que l’étudiante a connu l’association Passeport Avenir, à l’origine du parrainage avec des professionnels. « Il faut voir cet accompagnement comme une chance. Je pense que Geoffrey peut me conseiller efficacement. Dans mon environnement personnel, mes parents m’ont toujours soutenue mais ils n’ont pas forcément les clefs pour ouvrir certaines portes. Pour vous donner un exemple, Geoffrey m’a déjà donné quelques astuces pour améliorer mon CV et mon modèle de lettre de motivation. »

Et son avenir ? Elle y pense mais à très court terme, sans idée précise. Bien que son tuteur l’invite à se questionner sur ses souhaits professionnels post-formation, elle s’interroge. « Peut-être devrais-je me projeter davantage dans le futur mais je crains en même temps de me fermer des voies. Or, beaucoup de pistes m’intéressent entre le marketing, le commercial, la gestion de projets, le multimedia ! Je me laisse le temps de découvrir ». Le coaching du jour est terminé mais le rendez-vous du mois d’avril est déjà agendé pour Geoffrey et Deborah.

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