Interview expert Cop21 - 10/11

François Garreau : « La RSE n’est pas une contrainte mais une nouvelle façon de lire le marché »

C’est le « Monsieur RSE » de Generali France. Responsable de la Mission Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) auprès du Comité exécutif depuis sa création en 2008, François Garreau est en charge d’impulser l’intégration de ces problématiques dans les activités de la Compagnie. Intarissable sur les nouveaux défis du monde de l’assurance, il y voit une opportunité de se réinventer.

 

La RSE bénéficie actuellement d’un coup de projecteur grâce à la Cop21. Quelle est la vision défendue par Generali ?

L’assurance est impactée par tout ce qui se passe dans la société, qu’il s’agisse d’événements climatiques et environnementaux mais aussi démographiques, sociologiques, économiques ou technologiques. La RSE pour nous est donc transversale et surtout répond à une logique économique. Elle doit s’intégrer dans nos business models et même les revisiter. Generali a certainement été l’un des premiers assureurs à s’emparer du sujet pour en faire un élément de sa réflexion stratégique.
Pour moi, la RSE n’est pas une contrainte mais une nouvelle façon de lire le marché et de s’y adapter, pour préserver notre création de valeur.

Quels sont le rôle et le périmètre d’activité de la Mission RSE ?

Notre principale mission consiste à décrypter les conséquences des nouvelles tendances et des nouveaux risques afin de proposer des solutions business. Nous accompagnons ensuite leur mise en place avec les entités fonctionnelles concernées.

Notre rôle est également de nourrir la réflexion du Comité exécutif, notamment grâce à la cartographie des parties prenantes. Cette matrice de matérialité croise les principaux enjeux perçus par nos parties prenantes internes et externes (fournisseurs, clients, etc.) pour orienter notre stratégie et nos moyens vers ces sujets cruciaux et partagés. Nous sommes aussi chargés des reportings en matière de développement durable et de la sensibilisation en interne sur les sujets RSE et plus particulièrement en ce moment sur le changement climatique et ses enjeux.

Concrètement, quels sont les actions et les dispositifs mis en place avec vos parties prenantes ?

Il y a deux leviers d’actions RSE : les actifs et le client.
Pour le premier, il s’agit d’accompagner la transition énergétique via la gestion de nos actifs, par exemple en investissant ou désinvestissant selon leurs performances RSE. À ce titre, nous participons à la définition de la politique d’investissement et climat de Generali.
Ce levier peut aussi s’exprimer par une politique d’achats responsables en y intégrant une évaluation RSE de nos fournisseurs. Ce sera d’ailleurs le sujet phare des travaux de mon équipe pour les deux ans à venir.
Le deuxième volet consiste, lui, à accompagner nos clients dans leur prise en compte des risques. C’est dans cette optique que nous avons porté Generali Performance Globale (GPG) depuis près de dix ans. Cet outil unique d’audit des entreprises permet d’évaluer et de cartographier les risques selon des critères reposant notamment sur le référentiel RSE ISO 26000 
Actuellement en déploiement, c’est un formidable levier d’accompagnement et d’incitation aux bonnes pratiques, mais aussi un outil de maîtrise des risques. Les entreprises mettant la RSE au cœur de leur activité présentent en effet une sinistralité trois fois inférieure aux autres.

Dans le contexte actuel, comment le rôle de l’assureur évolue-t-il ?

Face à des risques accrus dont les coûts s’envolent, l’assureur ne peut plus se contenter d’indemniser. Il doit jouer pleinement son rôle de préventeur pour faire en sorte que les sinistres n’arrivent pas et limiter l’impact d’un risque sur la résilience des entreprises. L’assureur devient un risk partner, un vrai conseiller stratégique sur les risques.
Enfin, la profession dans son ensemble doit pleinement jouer son rôle d’alerte – notamment dans la santé – et de conseil auprès des pouvoirs publics, pour co construire avec eux les décisions politiques. Par exemple, sur des sujets d’attribution de permis de construire dans les zones à risques.

La Cop21 démarre à la fin du mois. Qu’en attendez-vous ?

La RSE bénéficie d’un formidable écho avec la Cop21 : aucun dirigeant ne peut plus dire qu’il n’est pas concerné. La Cop21 marquera l’An 1 d’un engagement mondial. Et la prochaine étape, c’est la gouvernance de cet engagement. On ne doute plus du phénomène du changement climatique, mais il faut maintenant établir des cadres pour s’y adapter et pouvoir s’appuyer sur un corpus de droit international qui sanctionnerait d’une manière ou d’une autre le non respect des engagements.

Je pense surtout qu’il ne faut pas se restreindre au changement climatique en tant que tel. D’autres sujets environnementaux, comme son impact sur la santé ou l’effondrement de la biodiversité, méritent une même attention médiatique et politique.

 

Pour prolonger : consulter le dossier "comprendre la Cop21" nourri d'articles, expertises et infographies. Lire aussi sur le blog e-RSE la note de F. Garreau, "La RSE pour dynamiser l'activité des PME".

 

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