Interview Jean-Louis Charluteau - Risque climatique et assurance - 25/07/2017

« Le changement climatique bouleverse la mission même de l’assureur »

Les assureurs ont toujours cherché à évaluer le risque climatique afin d’adapter au mieux le montant des primes d’assurance. Mais lorsque le changement climatique rend les prévisions statistiques plus complexes, il devient nécessaire de se tourner vers de nouveaux profils et d’adopter des outils innovants. Voire même d’endosser un nouveau rôle, plus orienté sur la prévention. Le point avec Jean-Louis Charluteau, Directeur Réassurance et modélisation catastrophes chez Generali.

 
 

Le climat et ses aléas ont toujours été au cœur des préoccupations des assureurs. Mais, jusqu’à présent, les garanties et le montant des primes étaient définis en fonction de l’historique des sinistres. Aujourd’hui, le changement climatique entraîne des phénomènes souvent violents, de plus en plus fréquents et plus difficilement prévisibles. Les assureurs sont ainsi contraints d’adapter leurs méthodes.

Leur solution ? Mener leurs propres études et prévisions, en s’appuyant sur de nouveaux outils et des profils différents. « Ces dernières années, nous avons embauché des chercheurs pour évaluer les nouveaux risques : des géographes, climatologues, data scientists… » explique Jean-Louis Charluteau.

Une nouvelle posture pour les assureurs

À moyen terme, ces risques accrus et imprévisibles remettent en cause le rôle même de l’assureur. Un simple chiffre permet de le comprendre : le coût cumulé des catastrophes naturelles. Selon la FFA (Fédération Française de l’Assurance), ce coût, sur les 25 prochaines années, va doubler par rapport aux 25 précédentes. Pour y faire face, il faudrait augmenter les primes des assurés. Mais la question de l’acceptabilité de la prime pourrait se poser : un assuré vivant dans une zone dépourvue de risques rechignerait à payer plus pour des risques accrus… ailleurs. D’autres pistes sont alors envisagées.

« Pas question de nous interroger sur le sens même de notre activité, de remettre en cause la notion d’indemnisation ! Nous restons auprès de nos clients. Mais nous devons sortir du rôle d’assureur-payeur. En clair, nous ne devons plus agir uniquement sur le montant de la prime : nous devons assumer une nouvelle mission de prévention et d’accompagnement, pour aider l’assuré à maitriser les risques, à protéger les personnes et les biens, réduire l’impact des sinistres, favoriser la résilience... » explique Jean-Louis Charluteau.

Réparer, mais aussi anticiper

Par exemple ? Aujourd’hui quand un bâtiment est inondé suite à une catastrophe naturelle, l’assureur paie sa remise en état à l’identique. Mais si, demain, il voyait au-delà ? Si, plutôt que de payer le remplacement d’une porte fenêtre en bois, l’assureur proposait une porte fenêtre en PVC ? « C’est ce nouveau rôle que Generali veut assumer : accroître la résilience des assurés, limiter les risques, mais aussi les coûts récurrents. Et bien sûr, avant tout sinistre, envisager des actions de prévention quand des points de vulnérabilité sont détectés » souligne Jean-Louis Charluteau.

Laurent Boissier, géographe, fait partie des « nouveaux profils » qui ont intégré les rangs de Generali. Et sa mission relève de cette stratégie de prévention : il est chargé d’élaborer une cartographie des risques climatiques en zone Méditerranée (risques d’inondation, de submersion marine, sismiques, ou d’incendie...). « Ce travail de recherche ne vise pas à calculer les primes des assurés, mais à réduire leur vulnérabilité, en proposant des actions de prévention limitant les dégâts liés aux évènements climatiques », explique-t-il.

Generali innove

Enfin, l’assureur doit avoir un rôle de sensibilisation et d’information, et inciter ses assurés à être acteurs de leur protection. Cela commence par une information sur les risques, qu’elle soit issue de sources sûres comme l’Observatoire National des Risques Naturels ou des assureurs eux-mêmes.

 

Generali, très actif en matière de prévention, a même imaginé une démarche proactive et innovante : un dispositif d’alerte et de conseils par SMS, envoyé aux assurés concernés par un risque d’évènement climatique local. En test dans la région PACA, ce dispositif sera prochainement étendu à toute la France.

 

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