The Human Safety Net - 15/03/2018

Lucie Umukundwa : l’art au service des autres

Sélectionnée par le programme d’aide à l’entrepreneuriat des réfugiés de la fondation The Human Safety Net / Generali, Lucie Umukundwa, exilée rwandaise, a présenté au jury son projet de galerie dédiée à l'art contemporain et au design d'Afrique de l'Est. Portrait…

 

 

Journaliste rwandaise travaillant pour Reporters Sans Frontières et La Voix de l’Amérique, Lucie a dû fuir le pays en 2006, menacée par les autorités locales que ses enquêtes sur la région des Grands Lacs dérangent.

 

À Paris, où elle reprend des études, elle fait l’expérience des difficultés de réinsertion dans un  cadre culturel bien différent, difficultés qui l’amènent aux portes du découragement. Mais elle tient bon et rebondit avec un projet visant à faire connaître les richesses culturelles de l’Afrique de l’Est (Tanzanie, Kenya, Ouganda, Rwanda, Burundi, Soudan du Sud) : La galerie Izuba, plateforme digitale qui propose à la vente sculptures, peintures et objets d’art de créateurs.

 

 Une région et des pratiques artistiques singulières

L'art contemporain est-africain s’inspire de l'art rupestre, dont les plus anciennes expressions locales datent de plus de 2000 ans, comme sur le site de Kandoa (Tanzanie), classé patrimoine mondial de l'UNESCO.

 

Scènes de danse, figures religieuses ou animalières et motifs géométriques typiques se retrouvent ainsi dans les productions des artistes contemporains, qui s’attachent à allier authenticité et originalité, en privilégiant les matériaux locaux ou de récupération et les techniques ancestrales. 

   Stella Atal - Our braid, 2016

 

Créer des ponts entre l’Europe, l’art et les réfugiés

Lucie, qui se définit comme en exil, n’est retournée en Afrique qu’entre 2012 et 2014, pour une dernière mission journalistique en Ouganda. Elle décide alors de se lancer dans un projet de galerie pour contribuer à rendre visible des artistes émergents, aux parcours personnels souvent marqués par la guerre et les camps de réfugiés. Particulièrement sensible au sort de ces zones où les conflits armés sont légion, elle évoque la distorsion entre les centaines de milliers de réfugiés qui inquiètent l’Europe, comparativement aux 3 millions de personnes déplacées ou réfugiées en Afrique. 

 

Plutôt que de parler d’elle, Lucie se soucie de ces jeunes qui n’ont jamais vécu ailleurs que dans des camps, dans des pays déjà dépassés par des taux de chômage et de pauvreté élevés. Elle aspire à contribuer au développement de ces pays en créant des échanges économiques, artistiques et culturels entre l’Afrique et l’Europe.

 

Elle s’attache également à rendre les œuvres proposées accessibles et faire émerger de jeunes talents et des artistes localement engagés, en étroite collaboration avec des coopératives et des associations. La galerie organise des ateliers et participe à des expositions en France.

 

 

Reprendre confiance et être soutenue

Dans l’élaboration de son projet, Lucie s’est heurtée à une méconnaissance du marché européen de l’art et à une certaine frilosité des banques. Grâce au soutien précieux de l’association Singa et, désormais, du programme THSN pour les entrepreneurs réfugiés, elle est accompagnée dans ses démarches de développement et de financement.

 

C’est aussi pour elle l’opportunité de rencontrer d’autres entrepreneurs de tous horizons. Elle a également intégré un club de réflexion sur le développement en Afrique qui compte de nombreux leaders locaux, des décideurs et des investisseurs.

 

Encouragée par l’intérêt porté à sa galerie virtuelle, Lucie envisage l’ouverture d’une galerie physique pour donner une visibilité accrue à cet art qui lui est cher.
 

« Il n’y a ni limites, ni petits projets ! »

Et elle a déjà en tête un nouveau projet, linguistique cette fois : la création d’un logiciel d’apprentissage des langues de la communauté de l’Afrique de l’Est, afin de faciliter les échanges avec les populations locales des ONG, personnels des Nations-Unies, investisseurs basés dans la région. Trois programmeurs ont d’ores et déjà accepté de participer au projet en tant que partenaires.

 

Tous les soutiens qu’elle a rencontré lui ont permis de réaliser qu’il n’y a ni limites, ni petits projets

 

 

Quelques mots à propos de Singa :
 
Partenaire de Generali dans le cadre du programme THSN pour les entrepreneurs réfugiés, l'association Singa est un mouvement citoyen international visant à créer du lien entre personnes réfugiées et société d’accueil, en créant et diffusant des outils pour tous. Avec notamment un incubateur de projets et des programmes d’accueil et de mise en relations entre réfugiés et particuliers,
 

 

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